vendredi 20 juin 2025

Le Pèlerin, semaine 2, dimanche, chapitre 5

LE PÈLERIN - LE VOYAGE
DU CHRÉTIEN À LA VILLE CÉLESTE

CHAPITRE 5

SEMAINE 2 - DIMANCHE

Lire et prier : « Heureux l’homme qui craint continuellement ; mais celui qui endurcit son cœur tombera dans le mal. » (Proverbes 28:14)


Chrétien chez l’Interprète

Choses qu’il y vit ; un bon ministre de l’Évangile ;
régénéré par la foi d’un cœur naturellement corrompu ;
le meilleur choix ; la vie spirituelle soutenue
par la grâce ; la persévérance ; l’Apostasie ; le jugement dernier.


Chrétien se mit en route avec beaucoup d’entrain, et peu de temps après, arriva à la maison de l’Interprète. Il frappa plusieurs fois à la porte, jusqu’à ce qu’on lui demande qui il était.

Chrétien - Je suis un voyageur envoyé par une connaissance du maître de cette maison, afin d’apprendre des choses utiles. Je désirais donc parler au maître de la maison.

Celui-ci apparut immédiatement et, s’adressant au voyageur, lui demanda :

Interprète - Que désires-tu ?

Chrétien - Seigneur, je viens de la ville de la Destruction et je me rends au mont Sion. L’homme qui est à la porte du chemin m’a dit que je devais passer par cette maison, et que tu me montrerais beaucoup de choses excellentes et utiles pour mon voyage.

Interprète - Tu peux entrer. Tes désirs seront accomplis.

Puis il ordonna à un de ses serviteurs d’allumer une lumière et, prenant le voyageur par la main, le conduisit dans une salle.

Il ouvrit ensuite une porte, et Chrétien vit, cloué au mur, le portrait d’un personnage grave et majestueux, les yeux levés vers le ciel, le meilleur des livres en main et la loi de la vérité écrite sur ses lèvres ; il tournait le dos au monde et était dans l’attitude d’exhorter les hommes ; une couronne d’or pendait au-dessus de sa tête. S’adressant à Chrétien, qui ne comprenait pas la signification de ce tableau, il lui dit :

Interprète - C’est un parmi mille. Il peut s’approprier ces paroles de l’Apôtre : « Car si vous aviez dix mille maîtres en Christ, vous n’auriez pas beaucoup de pères ; car c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. Mes enfants, pour lesquels je souffre encore les douleurs de l’enfantement » (1 Corinthiens 4:15 ; Galates 4:19).

Et le fait de se présenter les yeux levés vers le ciel, le meilleur des livres en main, et la loi de la vérité sur ses lèvres, c’est pour te montrer qu’il s’occupe de connaître et d’expliquer des choses obscures aux pécheurs ; c’est pourquoi il est debout, dans l’attitude de les convaincre. Il a le monde derrière lui, et une couronne d’or suspendue sur sa tête, pour signifier qu’en méprisant et dédaignant les choses de ce monde à cause du service de son Seigneur, il recevra pour récompense, dans le siècle à venir, une couronne de gloire.

J’ai commencé par te montrer ce tableau, car le personnage ici représenté est le seul autorisé par le Seigneur du lieu où tu te rends, pour te guider dans toutes les étapes difficiles que tu rencontreras sur ton chemin. N’oublie pas ce que je t’ai enseigné ni ce que tu as vu, car tu pourrais rencontrer en chemin quelqu’un qui, se prétendant guide, voudra te conduire à la mort.

Puis il le prit par la main et le conduisit dans une salle pleine de poussière, car elle n’avait jamais été balayée, et, ayant ordonné à un des serviteurs de la balayer, un tel nuage de poussière se leva que Chrétien faillit suffoquer. L’Interprète dit alors à une jeune fille qui les accompagnait de mouiller la maison avec de l’eau, et ainsi la maison put être balayée sans difficulté.

Chrétien - Que signifie cela ?

Interprète - La salle représente un cœur qui n’a jamais été sanctifié par la douce grâce de l’Évangile ; la poussière est le péché originel et la corruption intérieure qui contaminent tous les hommes ; celui qui a commencé à balayer est la loi, et la jeune fille qui a apporté l’eau et aspergé la salle est l’Évangile.

Tu as certainement remarqué que, lorsque le premier a commencé à balayer, tant de poussière s’est levée qu’il était absolument impossible de continuer, et tu as failli être asphyxié : cela signifie que la loi, au lieu de nettoyer les cœurs du péché, le fait revivre de plus en plus (Romains 7:9), lui donne de la force (1 Corinthiens 15:56), et le fait grandir dans l’âme (Romains 5:20), tout en le dénonçant et le condamnant, sans donner la force nécessaire pour le vaincre.

Le fait qu’il ait été possible de balayer et nettoyer après que la jeune fille ait arrosé, signifie que lorsque l’Évangile entre dans le cœur, il vainc et soumet le péché par sa douce et précieuse influence. Il purifie l’âme qui croit en lui et la rend digne d’être habitée par le Roi de gloire (Jean 15:3 ; Romains 3:25-26 ; Éphésiens 5:26 ; Actes 15:29 ; Jean 15:13).

Je vis encore dans mon rêve que l’Interprète prit la main du Pèlerin et le conduisit dans une petite chambre où étaient assis deux garçons ; l’aîné s’appelait Passion et le plus jeune Patience ; le premier était très agité, le second très calme. Celui-ci, dit l’Interprète, ne se résigne pas à attendre, jusqu’au début de l’année prochaine, la possession des choses qu’il chérit le plus, comme son précepteur le lui conseille ; il veut les posséder tout de suite, et comme il ne peut pas, il est inquiet. Patience, par contre, se résigne et attend.

À ce moment, je vis entrer un homme avec un sac d’argent, qu’il posa aux pieds de Passion. Celui-ci le reçut avec grand intérêt et joie, adressant un sourire moqueur à Patience, mais sa joie fut de courte durée, car l’argent se dépensa vite ; il ne resta rien à Passion, sinon de misérables haillons.

Interprète - Passion est l’image des hommes de ce monde, et Patience celle des hommes du siècle à venir. Passion veut posséder et jouir de tout maintenant, cette même année, c’est-à-dire dans ce monde, à la manière des hommes qui veulent jouir ici de tout ce qu’ils considèrent meilleur, et ne désirent rien pour le monde futur, ni pour l’autre vie. Le proverbe connu — mieux vaut un oiseau en main que deux qui volent — vaut pour eux beaucoup plus que tous les témoignages divins au sujet du bonheur futur. Et que leur arrive-t-il ? Tout comme Passion ne garda que des haillons après avoir dépensé son argent, il leur arrivera la même chose.

Chrétien - Je comprends parfaitement que Patience est beaucoup plus sensé :

  1. parce qu’il aspire aux choses les plus excellentes, et

  2. parce qu’il doit les goûter et en avoir la gloire, quand aux autres il ne restera que des haillons.

Interprète - Et à ce que tu as dit, tu dois ajouter que la gloire du siècle futur sera éternelle, tandis que les biens de ce siècle se dissipent comme la fumée. Celui qui a incontestablement raison de se moquer de Passion, c’est Patience ; car il aura enfin son bonheur, tandis que Passion l’a maintenant.

Le premier devra nécessairement céder la place au second, tandis que celui-ci ne devra la céder à personne, car personne ne le suit. Celui qui reçoit sa part dans le présent la dépense dans le temps, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus rien, et celui qui la reçoit à la fin la gardera pour toujours, car il n’y aura plus de temps pour la dépenser.

Comme il fut dit au riche avare : « Mon fils, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare n’a eu que des maux ; mais maintenant il est consolée, et toi, tu es tourmenté » (Luc 16:25).

Chrétien - À la lumière de cela, je comprends qu’il vaut mieux ne pas convoiter les choses présentes, et espérer en celles à venir.

Interprète - C’est ainsi. « Les choses visibles sont temporaires, mais les invisibles sont éternelles » (2 Corinthiens 4:18). Il se fait cependant qu’il y a une grande affinité entre les choses présentes et nos appétits charnels, ils deviennent vite amis ; ce qui n’est pas le cas des choses futures, si éloignées du sens de la chair (Romains 7:15-25).

Puis je vis dans mon rêve que l’Interprète conduisit Chrétien à un endroit où ils virent un feu près d’un mur, et un homme jetant continuellement de l’eau dessus pour l’éteindre ; le feu, cependant, devenait de plus en plus intense et brûlait avec plus de force. Surpris par ce qu’il voyait, Chrétien demanda ce que signifiait cet emblème.

L’Interprète lui répondit : Ce feu représente l’œuvre de la grâce dans le cœur humain, et celui qui veut l’éteindre est Satan, mais son effort est vain [inutile]. Suis-moi et tu sauras pourquoi ce feu brûle de plus en plus fort, au lieu de s’éteindre. Vois-tu maintenant cet autre personnage qui verse secrètement de l’huile sur le feu, augmentant ainsi la force de la combustion ? Ce personnage est Christ, qui avec l’huile de sa grâce, maintient l’œuvre commencée dans le cœur, malgré les efforts du démon (2 Corinthiens 12:9). Et le fait qu’il soit derrière le mur t’enseigne qu’il est difficile pour les tentés de percevoir comment cette œuvre de grâce se maintient dans l’âme.


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Le Pèlerin, semaine 1, samedi, chapitre 4

LE PÈLERIN – LE VOYAGE
DU CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 4

SEMAINE 1 – SAMEDI

Lire et prier : « Entrez par la porte étroite (car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui y entrent), car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent. » (Matthieu 7:13,14)


Chrétien arrive à la porte étroite ;
il réclame l’accomplissement de la promesse évangélique,
frappe, et est reçu avec bienveillance

Peu après, Chrétien arriva, plein d’enthousiasme, au pied de la tant désirée porte étroite, sur laquelle était écrit ce distique : « Frappez, et l’on vous ouvrira » (Matthieu 7:7).

Il frappa à plusieurs reprises, disant : Me sera-t-il permis d’entrer maintenant ? Celui qui est à l’intérieur voudra-t-il me recevoir, moi, misérable pécheur, bien que j’aie été rebelle et que je ne mérite rien ? Oh ! si je parviens à entrer, je chanterai éternellement ses louanges dans les lieux célestes.

Finalement, une personne nommée Bonne Volonté s’approcha de la porte et demanda : Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que veux-tu ?

Chrétien – Seigneur, je suis un pauvre pécheur, fatigué et chargé. Je viens de la ville de la Destruction, et je me dirige vers la montagne de Sion pour échapper à la colère à venir. On m’a dit, homme honorable, que pour continuer mon chemin je devais entrer par cette porte, et je voudrais savoir si tu m’autorises à entrer.

Bonne Volonté – Eh bien ! de tout cœur. – Et en disant cela, il lui ouvrit la porte. Quand Chrétien allait entrer, Bonne Volonté le poussa vigoureusement à l’intérieur.

Chrétien – Que signifie cela ?

Bonne Volonté – Il y a ici, près du château dont le gouverneur est Bélial, qui, avec ses soldats, tire continuellement des flèches sur ceux qui s’approchent de cette porte, afin de les tuer avant qu’ils n’entrent.

Chrétien – Je me réjouis autant que je tremble en sachant que j’ai couru un tel danger.

Bonne Volonté – Maintenant que tu es en sécurité et tranquille, réponds-moi : Qui t’a envoyé ici ?

Chrétien – C’est le Seigneur Évangéliste, qui m’a dit : Va là-bas et frappe à la porte ; là, on te dira ce que tu dois faire.

Bonne Volonté – Tu as une porte ouverte que personne ne pourra te fermer.

Chrétien – Que je suis heureux ! Je commence à récolter le fruit de ma hardiesse.

Bonne Volonté – Alors, es-tu venu seul ?

Chrétien – Oui, car aucun de mes voisins n’a compris, comme moi, le danger dans lequel il se trouvait.

Bonne Volonté – Mais certains savaient-ils que tu partais ?

Chrétien – D’abord, ma femme et mes enfants, qui ne voulaient pas me laisser partir ; puis à leurs cris se sont joints plusieurs voisins qui m’appelaient aussi à grands cris ; mais je me suis bouché les oreilles et j’ai poursuivi mon chemin.

Bonne Volonté – Et personne ne t’a suivi pour te conseiller de rentrer chez toi ?

Chrétien – Obstiné et Souple m’ont suivi, mais lorsqu’ils ont vu que leurs efforts étaient vains, ils m’ont abandonné – le premier en m’accablant d’injures et le second peu après.

Bonne Volonté – Et pourquoi le second n’est-il pas venu avec toi ?

Chrétien – Quand nous sommes arrivés au Marais du Doute, nous sommes tombés tous deux dans la boue, et mon voisin, effrayé, n’a pas osé affronter d’autres dangers. Il est sorti du marais du côté le plus proche de sa maison, en me disant qu’il me laissait la pleine possession du pays béni. Ensuite, il a suivi les traces d’Obstiné, et moi, j’ai poursuivi ma route en direction de cette porte.

Bonne Volonté – Quel malheur pour ton voisin ! La gloire céleste a pour lui si peu de valeur qu’il ne juge pas bon de s’exposer à quelques dangers pour l’obtenir.

Chrétien – Seigneur, ce que j’ai dit à propos de Souple est vrai ; mais si l’on compare sa conduite à la mienne… je ne sais lequel est le pire. Moi aussi, je me suis écarté de ce chemin pour suivre celui de la mort, car j’ai prêté l’oreille aux arguments charnels d’un certain monsieur Savoir-Selon-le-Monde.

Bonne Volonté – Que dis-tu ! Tu l’as rencontré ? Et ensuite ? Sans doute t’a-t-il conseillé de chercher ton soulagement et ton repos entre les mains de monsieur Légalité ? Quels deux imposteurs ! Et as-tu suivi son conseil ?

Chrétien – Je l’ai suivi autant que j’ai pu. J’allais en direction de ce monsieur Légalité ; mais lorsque je suis arrivé au pied de la montagne proche de sa maison, j’ai eu peur qu’elle ne s’écroule sur moi, et je me suis arrêté.

Bonne Volonté – Ah ! Le nombre de morts dont cette montagne est responsable est incalculable ! Et combien en causera-t-elle encore ! Heureux es-tu d’avoir échappé à l’écrasement.

Chrétien – C’est vrai, c’est vrai, qui sait ce qu’il serait advenu de moi si, à ce moment d’incertitude et de crainte, l’Évangéliste ne m’était pas apparu ? Sans lui, jamais je ne serais arrivé ici. Mais, par bonheur, me voici tel que je suis, et sûrement plus digne d’avoir été écrasé par la montagne que de te parler en ce moment. Tu m’as fait une grande faveur en m’ouvrant la porte, après tout ce que je t’ai raconté.

Bonne Volonté – Nous ne faisons de difficulté à personne, quelle qu’ait été sa vie passée. Nous ne rejetons personne (Jean 6:37). Je vais maintenant te donner quelques indications concernant le chemin que tu dois suivre. Regarde là-bas. Vois-tu un chemin étroit ? C’est par là que tu dois passer. Les Patriarches, les Prophètes, le Christ et les Apôtres sont tous passés par là : c’est un chemin droit comme une ligne.

Chrétien – Alors, il n’y a pas de détours ni de faux chemins dans lesquels un étranger pourrait se perdre ?

Bonne Volonté – Si, il y a beaucoup de carrefours, et de nombreux raccourcis assez larges ; mais la règle pour reconnaître le vrai chemin est celle-ci : toujours droit et étroit (Matthieu 7:14).

Selon ce que j’ai vu dans mon songe, il lui demanda ensuite :

Chrétien – Ne pourrai-je pas être soulagé du poids de ce fardeau que je porte sur le dos ? Si personne ne m’aide, il me sera impossible d’avancer.

Bonne Volonté – Ne te décourage pas. Continue de porter ton fardeau avec joie, jusqu’à ce que tu arrives à l’endroit où tu en seras délivré, car il tombera de lui-même de tes épaules.

Chrétien commença à se ceindre, se préparant pour la marche. Bonne Volonté l’avertit qu’il rencontrerait bientôt la maison de l’Interprète, où il devait frapper et entendre des choses très utiles et excellentes ; puis il prit congé de Chrétien avec affection, lui souhaitant un bon voyage et la compagnie du Seigneur.


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mercredi 18 juin 2025

Le Pèlerin, semaine 1, vendredi, chapitre 3

 LE PÈLERIN
LE VOYAGE DU CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 3

SEMAINE 1 – VENDREDI

Lire et prier : « aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un temps la jouissance du péché, regardant l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte ; car il avait les yeux fixés sur la récompense. » (Hébreux 11:25-26)


Chrétien abandonne son chemin,
trompé par Sage-Selon-le-Monde ;
mais Évangéliste vient à sa rencontre,
et lui indique à nouveau le chemin à suivre. (2)

Évangéliste – Alors, comment t’es-tu égaré si rapidement du chemin que je t’ai montré ?

Chrétien – Dès que j’eus passé le Bourbier du Découragement, je rencontrai un homme qui me persuada que dans le village voisin je trouverais quelqu’un capable de me débarrasser de mon fardeau. Il me sembla être une personne excellente, et il me dit tant de choses que je cédai et vins jusqu’ici. Mais lorsque j’approchai du pied de la montagne et que je la vis si haute et si à pic sur la route, je m’arrêtai soudain, craignant qu’elle ne s’écroule sur moi.

Cet homme me demanda où j’allais, et je lui répondis avec sincérité. Il voulut aussi savoir si j’avais une famille, ce que je confirmai, ajoutant cependant que ce lourd fardeau m’empêchait de trouver en elle la satisfaction qu’elle m’apportait autrefois. Alors il me dit : « Il faut absolument que tu te débarrasses au plus vite de ce tourment, et au lieu de te diriger vers cette porte étroite où tu espères qu’on t’indiquera comment atteindre ce difficile objectif, prends une route plus directe et meilleure, où tu ne trouveras pas d’obstacles à chaque pas, avec moins de difficultés que sur l’autre chemin, comme tu l’as déjà expérimenté. »

Il me dit que si je suivais cette direction, j’arriverais bientôt à la maison d’un homme très compétent pour ôter les lourds fardeaux. Je le crus. Et, aussitôt, j’abandonnai le chemin que tu m’avais montré et suivis celui-ci. Mais en arrivant à cet endroit où nous nous trouvons, j’eus peur, je suis indécis et je ne sais que faire.

Évangéliste – Attends un instant et écoute les paroles du Seigneur. (Chrétien l’écoutait debout, en tremblant) : « Gardez-vous de refuser d’entendre celui qui parle ; car si ceux-là n’ont pas échappé qui refusèrent d’entendre celui qui publiait les oracles sur la terre, combien moins échapperons-nous si nous nous détournons de celui qui parle du haut des cieux ! » (Hébreux 12:25). « Le juste vivra par la foi ; mais, s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. » (Hébreux 10:38). Et appliquant ces paroles à Chrétien, il dit : Cet homme qui allait se précipiter dans la ruine, c’était toi. Tu as commencé à rejeter le conseil du Très-Haut et à détourner ton pied du chemin de la paix, au point de risquer de te perdre. Chrétien tomba à ses pieds, presque évanoui, en s’écriant : Malheur à moi, je suis perdu !

À ces mots, Évangéliste lui tendit la main et dit : « Tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes » (Matthieu 12:31a). « Ne sois pas incrédule, mais crois. » (Jean 20:27). Un peu réconforté, Chrétien se releva, mais toujours honteux et tremblant.

Évangéliste poursuivit : Sois bien attentif à ce que je vais te dire : tu vas savoir qui t’a trompé et vers qui tu allais. Le premier s’appelait Sage-Selon-le-Monde, nom qu’il porte à juste titre : d’abord, parce qu’il n’aime que les doctrines de ce monde (1 Jean 4:5), c’est pourquoi il va toujours à l’église de la ville de Moralité, et aime cette doctrine, parce qu’elle le dispense de la Croix (Galates 6:12) ; ensuite, parce que, étant charnel de nature, il cherche à pervertir mes justes desseins. C’est pourquoi il y a trois choses dans les conseils de cet homme que tu dois tenir pour exécrables¹ :

  1. T’avoir détourné du bon chemin ;

  2. Avoir essayé de te faire mépriser la Croix ;

  3. T’avoir conduit sur une voie qui mène à la mort.

Tu dois donc :

  1. Rejeter celui qui t’a détourné du chemin, faute qui revient à mépriser le conseil de Dieu pour suivre celui des hommes. Le Seigneur a dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » (Luc 13:24). C’est vers cette porte que tu te dirigeais. « Car étroite est la porte, resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui les trouvent » (Matthieu 7:13-14). Ce méchant t’en a détourné pour te jeter dans la perdition. Haïs donc sa conduite, et hais-toi toi-même pour l’avoir écouté.

  2. Détester celui qui a voulu que la Croix te soit odieuse, car tu dois la préférer à tous les trésors de l’Égypte (Hébreux 11:25-26). De plus, le Roi de gloire t’a dit que « celui qui voudra sauver sa vie la perdra », et « si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Marc 8:35 ; Luc 14:26-27 ; Jean 12:25 ; Matthieu 10:37-39). C’est pourquoi je te dis qu’une doctrine qui cherche à te persuader que ce que la Vérité déclare nécessaire pour obtenir la vie éternelle est en fait la mort est une doctrine abominable, que tu dois détester.

  3. Détester celui qui t’a conduit sur la voie qui mène au ministère de la mort. Tu peux maintenant juger si la personne vers laquelle tu te dirigeais était capable de t’ôter ton fardeau.

Cette personne s’appelle Légalité, et c’est un des enfants de l’esclave, qui est encore dans l’esclavage, tout comme ses enfants (Galates 4:21-27), mystérieusement représentée par le mont Sinaï, que tu craignais de voir s’écrouler sur toi.

Or, si lui et ses enfants sont dans les ténèbres, comment pouvais-tu espérer qu’ils te donnent la liberté ? Oh ! jamais ! Légalité ne serait pas capable de te libérer ni de t’ôter ton fardeau. Il n’a jamais délivré personne, et ne le pourra jamais. Tu ne peux pas être justifié par les œuvres de la loi, car par elles nul vivant ne peut être soulagé de son fardeau.

Sache donc que Sage-Selon-le-Monde est un imposteur, et que Légalité, malgré son sourire affecté, n’est qu’un hypocrite inutile. Crois que tout ce que tu as entendu de ces insensés n’était qu’une tentative pour te détourner du salut, en te faisant quitter le chemin que je t’avais indiqué. Ainsi parla Évangéliste, et, élevant la voix, il invoqua le ciel pour confirmer ses paroles.

Aussitôt, des paroles de feu sortirent de la montagne que Chrétien avait approchée, et ses cheveux se dressèrent. Les paroles qu’il entendit furent celles-ci : « Car tous ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction ; car il est écrit : Maudit soit quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique. » (Galates 3:10).

À cette vue et à cette voix, Chrétien ne s’attendait plus qu’à la mort. Il se mit à se lamenter à haute voix et à maudire l’heure où il avait rencontré Sage-Selon-le-Monde, se traitant lui-même de fou pour avoir écouté ses conseils destructeurs et pernicieux.

Sa honte était immense en se souvenant que les conseils de cet insensé, étant nés de la chair, avaient eu le dessus sur sa pensée, au point qu’il avait décidé d’abandonner le droit chemin du Bien. Se tournant alors vers Évangéliste, il lui parla en ces termes :

Chrétien – Monsieur, y a-t-il encore de l’espoir pour moi ? Ne pourrais-je pas revenir en arrière et reprendre le chemin de la porte étroite ? Ne serai-je pas rejeté et chassé de là avec infamie ? Je regrette surtout d’avoir écouté les paroles de cet homme. Puis-je néanmoins obtenir le pardon de mon péché ?

Évangéliste – En vérité, ton péché est bien grand. Il t’a amené à commettre deux fautes : tu t’es détourné du chemin du bien et tu es entré dans des sentiers interdits. Néanmoins, l’homme qui est à la porte te recevra, car il a de la bonne volonté pour les hommes. Une seule chose je t’avertis : prends garde de ne pas t’égarer à nouveau (de peur que tu ne périsses en chemin – Psaume 2:12). Chrétien se disposa à partir, et, après avoir embrassé Évangéliste, il lui fit ses adieux avec un sourire de bonheur, en disant : Que Dieu soit avec toi.

Et il se mit à marcher rapidement, sans parler à personne sur le chemin, et sans même répondre aux questions qu’on lui posait.

Il lui semblait marcher en territoire ennemi, et il ne se sentit en sécurité que lorsqu’il eut repris le chemin qu’il avait abandonné sur les conseils de l’orgueilleux Sage-Selon-le-Monde.


_____________

¹ Exécrables : détestables, abominables, dignes de rejet ou de malédiction.


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Le Pèlerin, semaine 1, jeudi, chapitre 3

LE PÈLERIN – LE VOYAGE
DU CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 3

SEMAINE 1 – JEUDI

Lire et prier : « Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie.
Nul ne vient au Père que par moi. »
(Jean 14.6)


Chrétien quitte le bon chemin
trompé par Sage-Selon-le-Monde ;
mais Évangéliste vient à sa rencontre
et lui indique à nouveau le chemin à suivre.

CHRÉTIEN, bien qu’il se trouvât seul, reprit résolument sa marche, et aperçut, venant à sa rencontre à travers la plaine, un homme qu’il croisa peu après à l’intersection de plusieurs directions.

Ce nouvel interlocuteur s’appelait Sage-Selon-le-Monde, et habitait dans une ville nommée Prudence-Charnelle, située non loin de la Cité de la Destruction. Il avait entendu parler de Chrétien, car son départ avait fait grand bruit dans sa ville natale, et en le voyant marcher accablé par son fardeau, poussant des gémissements et des soupirs, il lui adressa ces paroles :

Sage — Sois le bienvenu, mon ami. Où vas-tu donc avec ce fardeau si lourd ?

Chrétien — Tu as raison. Il est si lourd que jamais homme n’en a porté de semblable. Je me dirige vers la porte étroite que tu vois là-bas, très loin, car on m’a dit que c’est là qu’on m’apprendra comment me défaire de ce fardeau.

Sage — As-tu une femme et des enfants ?

Chrétien — Oui, j’en ai ; mais ce fardeau me trouble et m’oppresse à tel point que je ne ressens plus pour eux le plaisir d’autrefois, et j’ai à peine conscience de les avoir. (1 Corinthiens 7.29)

Sage — Allons, écoute-moi, car je peux te donner d’excellents conseils.

Chrétien — Je les recevrai avec le plus grand plaisir, car j’ai grand besoin de bons conseils.

Sage — Avant tout, je pense que tu dois te débarrasser de ce fardeau au plus vite. Tant que tu le porteras, ton âme ne connaîtra pas la paix, et tu ne pourras jouir comme il faut des bénédictions que le Seigneur t’a accordées.

Chrétien — C’est justement ce que je cherche, car il m’est impossible d’y parvenir par moi-même, et personne dans ce pays ne peut m’y aider. C’est uniquement pour cela que j’ai entrepris ce voyage.

Sage — Et qui t’a conseillé de l’entreprendre ?

Chrétien — Un monsieur qui m’a paru très digne de respect et d’attention. Je me souviens qu’il s’appelait Évangéliste.

Sage — Maudit soit celui qui donne de tels conseils ! Ce chemin est précisément le plus difficile et le plus dangereux qui soit au monde. N’as-tu pas déjà commencé à en faire l’expérience ? Je te vois tout couvert de boue du Bourbier du Découragement. Et ce n’est que le premier maillon d’une chaîne de malheurs qui t’attendent sur ce chemin. Je suis plus âgé que toi et j’ai entendu de nombreuses personnes témoigner que ce chemin n’offre que fatigue, douleur, faim, périls, nudité, lions, dragons, ténèbres, en somme la mort avec toutes ses horreurs. Dis-moi franchement, pourquoi un homme devrait-il se perdre en prêtant l’oreille à des étrangers ?

Chrétien — Je suis tout à fait prêt à souffrir tous les maux que tu viens d’énumérer, pourvu que je sois délivré de ce fardeau, qui est pour moi plus pesant et plus terrible que tous les autres.

Sage — Et comment ce fardeau est-il tombé sur toi ?

Chrétien — En lisant ce livre que j’ai en main.

Sage — Je m’en doutais. Tu es un de ces insensés qui se mêlent de choses trop hautes pour eux, qui finissent par rencontrer tant de difficultés, qu’ils perdent la raison et s’engagent dans des aventures désespérées pour atteindre une chose qu’ils ne savent même pas définir.

Chrétien — Pour ma part, je sais parfaitement ce que je veux : être délivré de ce fardeau accablant.

Sage — Je comprends cela. Mais pourquoi suivre un chemin aussi dangereux, alors que je peux t’en indiquer un autre sans aucune de ces difficultés ? Sois patient, écoute-moi : mon remède est tout proche, et au lieu de périls, tu trouveras sécurité, amitié et satisfaction.

Chrétien — Parle donc ; je t’en prie avec insistance ; révèle-moi ce secret.

Sage — Vois-tu ce village tout proche, nommé Moralité ? Là vit un homme plein de bon sens et de haute réputation, nommé Légalité, qui est très compétent pour aider les gens comme toi — cela a été prouvé par de nombreux exemples ; il sait aussi soigner ceux qui souffrent de troubles mentaux.

Sa maison se trouve à un quart de lieue d’ici tout au plus, et s’il n’est pas chez lui, son fils Urbanité¹, un jeune homme très talentueux, pourra te servir tout aussi bien que son père. Ne manque pas d’y aller. Et si tu n’es pas disposé, comme tu ne devrais pas l’être, à retourner à ta ville, fais venir ta femme et tes enfants, car dans ce village dont je te parle, il y a beaucoup de maisons vacantes², que tu peux louer à très bas prix. Tu y trouveras aussi une autre chose agréable : des voisins honnêtes, polis et bien élevés. La vie y est simple et confortable.

En entendant ces paroles, Chrétien resta indécis un moment, mais cette pensée lui vint aussitôt : Si ce qu’il dit est vrai, la prudence m’ordonne de suivre son conseil.

Chrétien — Par où faut-il aller pour se rendre chez cet homme respectable ?

Sage — Une fois que tu auras passé cette haute montagne, la première maison que tu verras est la sienne.

Chrétien changea aussitôt de décision, et se dirigea vers la maison de Monsieur Légalité, espérant y trouver le remède tant désiré. Mais lorsqu’il atteignit le pied de la montagne, elle lui parut si haute, et si abrupte du côté par lequel il devait passer, qu’il eut peur d’avancer, craignant qu’elle ne s’effondre sur lui. Il s’arrêta sans savoir que faire.

Il sentit alors, plus que jamais, le poids de son fardeau, en voyant jaillir de la montagne des éclairs et des flammes qui semblaient vouloir le dévorer. (Exode 19.16-18). Il fut saisi d’une grande frayeur et trembla de peur (Hébreux 12.21). Malheur à moi ! s’écria-t-il, pourquoi ai-je écouté les conseils de Sage-Selon-le-Monde ? Et alors qu’il était rempli de peur et de remords, il vit Évangéliste s’approcher. Quelle honte ! Quels frissons j’ai ressentis en croisant le regard sévère d’Évangéliste !

Évangéliste — Que fais-tu ici ?

Chrétien ne trouva pas de mots pour répondre. La honte lui avait noué la langue.

Évangéliste — N’étais-tu pas celui que j’ai trouvé pleurant hors des murs de la Cité de la Destruction ?

Chrétien — Oui, c’était moi, monsieur.


________________________

¹ Urbanité : nom féminin désignant une attitude courtoise, polie et respectueuse dans les rapports avec autrui ; bonnes manières, civilité, notamment dans les contextes sociaux et publics.

² Dévolu : inoccupé, abandonné ou sans usage.


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mardi 17 juin 2025

Le Pèlerin, semaine 1, mercredi, chapitre 2

LE PÈLERIN - LE VOYAGE
DU CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 2

SEMAINE 1 - MERCREDI

Lire et prier : «Nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles.» (2 Corinthiens 4:18)


Le Bourbier du Découragement (2)

Entêté retourna seul à la ville, blâmant les erreurs et les folies de ses deux voisins; ceux-ci continuèrent à marcher à travers la plaine et s’entretenaient ainsi :

Chrétien — Ami Souple, je ne t’ai pas encore demandé comment tu allais. Tu ne peux pas imaginer combien ta compagnie me réjouit. Si le pauvre Entêté ressentait, comme moi, la puissance et les terreurs de l’invisible, ainsi que la grandeur des choses qui nous attendent, il ne nous aurait sûrement pas quittés aussi légèrement.

Souple — Puisque nous sommes seuls maintenant, explique-moi quelles sont ces choses dont tu parles, comment nous allons en jouir, et où nous nous dirigeons.

Chrétien — Il m’est plus facile de les comprendre avec l’intelligence que de les exprimer avec des mots. Toutefois, si tu désires vraiment savoir ce que j’en pense, je vais te lire mon livre.

Souple — Et tu es sûr que les paroles de ce livre sont vraies ?

Chrétien — Oui, car son auteur est Celui qui ne peut mentir (Tite 1:2).

Souple — Très bien. Alors, lis-moi.

Chrétien — Nous allons hériter d’un royaume qui n’aura pas de fin, et recevoir la vie éternelle¹, afin de le posséder pour toujours (Ésaïe 65:17 ; Jean 10:27-29).

Il nous sera donné des couronnes de gloire et des vêtements aussi resplendissants que le soleil dans le firmament (2 Timothée 4:8 ; Apocalypse 22:5 ; Matthieu 13:43). Il n’y aura plus de larmes ni de douleur (Ésaïe 25:8 ; Apocalypse 7:16-17 ; 21:4), car le Seigneur de ce royaume essuiera toutes nos larmes.

Souple — Quel tableau magnifique ! Et qui seront nos compagnons ?

Chrétien — Nous serons avec les chérubins et les séraphins (Ésaïe 6:2 ; 1 Thessaloniciens 4:16-17 ; Apocalypse 5:11), créatures d’une lumière éblouissante ; nous rencontrerons aussi des milliers de milliers qui sont partis avant nous, tous innocents, aimables et saints, vivant éternellement en la présence de Dieu.

Nous verrons les anciens avec leurs couronnes d’or (Apocalypse 4:4), les saintes vierges chantant de doux cantiques accompagnés de leurs harpes d’or (Apocalypse 14:1-5), des hommes que le monde a mis en pièces, d’autres brûlés sur les bûchers, dévorés par les bêtes ou jetés dans les profondeurs de la mer, à cause de leur amour pour le Prince de ce royaume ; tous vivent heureux, revêtus d’immortalité (Jean 12:25 ; 2 Corinthiens 5:2, 3, 5).

Souple — Ta description m’enchante ! Et nous allons jouir de tous ces biens ? Que devons-nous faire pour y avoir part ?

Chrétien — Le Seigneur du royaume déclare dans ce livre (Ésaïe 55:1-2 ; Jean 4:37 ; 7:37 ; Apocalypse 16:6 ; 22:17) quelles en sont les conditions ; elles se résument en ces mots : «Si nous les désirons véritablement, Il nous les accordera gratuitement.»

Souple — Très bien, ami. Mon cœur déborde de joie ; poursuivons notre chemin et hâtons le pas.

Chrétien — Malheureusement, je ne peux pas marcher aussi vite que je le voudrais, car ce fardeau sur mon dos est très lourd.

Ils parlaient ainsi, quand je les vis arriver au bord d’un bourbier marécageux au milieu de la plaine, dans lequel ils tombèrent sans l’avoir vu, absorbés par leur conversation. C’était le Bourbier du Découragement. Les pauvres ! Ils s’enfoncèrent dans la boue, et Chrétien s’enfonçait de plus en plus à cause de son lourd fardeau.

— Où sommes-nous tombés ? s’écria Souple.

— Je l’ignore, répondit Chrétien.

— Alors, reprit Souple, voilà donc le bonheur dont tu parlais ? Si notre voyage commence ainsi, je ne lui prévois pas une bonne fin. Mais je te promets que, si je parviens à m’en sortir, je renoncerai bien volontiers à ma part de ce fameux pays.

Et, faisant un effort, il parvint à atteindre la berge du côté de sa maison. Dès qu’il se vit hors du bourbier, il courut vers sa demeure, et Chrétien ne le revit jamais.

Pendant ce temps, Chrétien se débattait au milieu de la boue, essayant d’atteindre l’autre rive ; mais le fardeau qu’il portait le gênait tellement qu’il aurait péri sans aucun doute si, fort à propos, un homme nommé Secours n’était pas arrivé. Il lui demanda ce qu’il faisait là.

Chrétien — Seigneur, un homme nommé Évangéliste m’a indiqué ce chemin pour parvenir à la porte étroite, disant qu’on me délivrerait là de la colère à venir. Et tandis que je marchais, je suis tombé ici sans m’y attendre.

Secours — Bien. Mais pourquoi n’as-tu pas suivi les passerelles, ces pierres qui ont été placées là pour traverser plus facilement le bourbier ?

Chrétien — Une telle peur s’est emparée de moi que, sans faire attention à quoi que ce soit, j’ai pris le chemin le plus court et je suis tombé dans le bourbier.

Secours — Allons. Donne-moi ta main.

Chrétien vit les cieux ouverts. Il saisit la main de Secours, sortit de ce lieu terrible et, une fois sur un terrain solide, continua son chemin, comme son libérateur le lui avait indiqué.

Je m’approchai alors de Secours et lui demandai : — Puisque ce chemin mène directement de la ville de Destruction à cette porte, pourquoi ne pas améliorer cet endroit pour le rendre plus commode aux pauvres voyageurs ?

— C’est impossible, répondit-il ; c’est le bourbier où se déversent les saletés et les impuretés de ceux qui se dirigent vers la conviction de péché ; c’est pourquoi on l’appelle le Bourbier du Découragement. Lorsque le pécheur se réveille à la conscience de sa culpabilité et de son état de perdition, il surgit dans son âme des doutes, des craintes et des angoisses accablantes qui s’amassent ici. Voilà pourquoi ce lieu est si négligé et si difficile à améliorer. Ce n’est certes pas la volonté du Roi qu’il soit dans un si mauvais état (Ésaïe 35:3-4).

Beaucoup d’ouvriers, sur ordre de Sa Majesté et sous la direction de ses intendants, ont, pendant des siècles, tout tenté pour l’améliorer. On ne compte plus les charrettes de matériaux sains envoyées ici depuis tous les coins des domaines de Sa Majesté ! Mais malgré l’opinion des experts qui affirment que ce sont les meilleurs matériaux pour l’assainissement moral désiré, cela n’a jamais été possible, et ne le sera jamais.

Le Bourbier existe et existera toujours ! On a fait tout ce qui était possible. Sur ordre du Législateur, des pierres fortes et solides ont été placées au milieu du bourbier, afin de permettre le passage ; mais quand la boue s’agite — ce qui se produit à chaque changement de temps — elle dégage des miasmes qui aveuglent les voyageurs, et ceux-ci, ne voyant pas les pierres, tombent dans le marécage. Ce qui les sauve, c’est que lorsqu’ils atteignent la porte, le terrain est déjà bon et solide.

Je vis ensuite que Souple arrivait chez lui, et que ses voisins accouraient en foule pour le voir. Certains l’appelaient sage, car il avait quitté l’entreprise à temps ; d’autres le blâmaient de s’être laissé duper par Chrétien ; quelques-uns le traitaient de lâche, car, une fois engagé sur la route, il n’aurait pas dû faire demi-tour à cause de quelques petites difficultés. Souple se sentit abattu et honteux, mais peu après, il se remit, et alors tous, en chœur, se moquaient de Chrétien en son absence. Et ainsi, je pense ne plus avoir à reparler de Souple.


______________________

¹ Pour être plus précis, dans Jean 10:28 le Seigneur parle au présent, non au futur : «Je leur donne la vie éternelle» – la vie éternelle est le Seigneur lui-même, donné immédiatement à l’homme quand celui-ci croit.


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lundi 16 juin 2025

Le Pèlerin, semaine 1, mardi, chapitre 2

LE PÈLERIN – LE VOYAGE
DU CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 2

SEMAINE 1 – MARDI

(Lecture biblique indiquée dans le texte)

Lire et prier : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. » (Rm 8.18)


Voyant qu’il a été abandonné par Obstiné et Fluctuant,
Chrétien poursuit son voyage.

Le Bourbier du Doute (1)

CHRÉTIEN se mit à courir dans la direction qui lui avait été indiquée ; mais sa femme et ses enfants, le voyant s’enfuir, coururent après lui en le suppliant de revenir à la maison. Chrétien ne les écouta pas et, courant de plus en plus vite, criait à haute voix : « Vie, vie, vie éternelle » (Luc 14.26). Et, sans regarder en arrière (Genèse 19.17 ; 2 Corinthiens 4.18), il continua jusqu’au milieu de la plaine.

Ses voisins accoururent également (Jérémie 20.10). Certains se moquaient de lui, d'autres le menaçaient, et d'autres encore lui criaient de revenir. Parmi ces derniers, deux étaient décidés à l’attraper et à le ramener de force chez lui. Ils s’appelaient Obstiné et Fluctuant. Malgré la distance considérable qui séparait déjà le fugitif, les deux voisins, redoublant d’efforts, réussirent à le rattraper.

— Que me voulez-vous ? leur demanda Chrétien.

— Nous voulons que tu reviennes avec nous.

— C’est impossible, répondit Chrétien. La ville où vous habitez, et où je suis aussi né, est la Cité de la Destruction. Si vous y mourrez, vous serez enterrés dans un lieu plus profond que la tombe, où brûlent le feu et le soufre.

Allons, chers voisins, prenez courage et venez avec moi.

Obstiné — Que dis-tu ? Faudrait-il abandonner nos amis et notre confort ?

Chrétien — Bien sûr, mon ami, car tout cela n’est rien en comparaison de la plus petite partie de ce que je cherche à obtenir (Romains 8.18). Si vous m’accompagnez, vous jouirez de tout cela avec moi, car dans le lieu où je vais, il y a abondance, et pour tous (Luc 15.17). Venez, et vous verrez par vous-mêmes.

Obstiné — Mais quelles sont donc ces choses que tu cherches, pour abandonner tout ce que le monde peut offrir ?

Chrétien — Je cherche un héritage incorruptible, qui ne peut ni se souiller ni se flétrir (1 Pierre 1.4), gardé en sécurité dans les cieux (Hébreux 11.16), pour être donné, en temps voulu, à ceux qui le recherchent avec diligence. C’est ce que déclare mon livre ; lisez-le si vous voulez, et je vous convaincrai de la vérité.

Obstiné — Allons donc, laisse tomber cette histoire de livre ; veux-tu retourner chez toi, oui ou non ?

Chrétien — Jamais, car j’ai déjà mis la main à la charrue (Luc 9.62).

Obstiné — Dans ce cas, voisin Fluctuant, laissons-le partir, et rentrons chez nous. Il y a beaucoup de gens qui manquent de bon sens, et quand une idée leur entre dans la tête¹, ils se croient plus sages que les sept sages réunis de la Grèce antique.

Fluctuant² — Pas d’insultes. Si ce qu’il dit est vrai, il ne fait aucun doute que les choses qu’il cherche sont incomparablement supérieures à celles que nous possédons. Mon cœur me dit qu’il a tout à fait raison, et je me sens poussé à le suivre.

Obstiné — Tu es devenu fou³, toi aussi ? Allons, écoute mon conseil et rentre avec moi. Tu ne sais même pas où ce fou pourrait bien t’emmener. Allez, viens.

Chrétien — Laisse-le parler, ami Fluctuant ; viens avec moi, et tu auras non seulement la preuve de ce que je t’ai dit, mais encore bien plus. Si tu doutes de mes paroles, lis ce livre ; et la vérité de son contenu est garantie par le sang de Celui qui en est l’Auteur (Hébreux 9.17-21).

Fluctuant — Ami Obstiné, ma décision est prise : je vais accompagner cet homme et lier mon sort au sien. Mais sais-tu (s’adressant à Chrétien) quel est le chemin qui mène au lieu que nous recherchons ?

Chrétien — Celui qui m’a indiqué le chemin est un homme nommé Évangéliste. D’après ce qu’il m’a dit, nous trouverons une porte étroite, plus loin devant, et là on nous dira quel chemin suivre.

Fluctuant — Alors, marchons !

Et tous deux se mirent en route.


___________________

¹ C’est une forme du verbe « encasquetar » : être obsédé ou préoccupé par une idée
² Dans d’autres versions, Fluctuant est appelé Flexível.
³ Parmi ceux qui marchent sur le Chemin, même les fous ne s’égareront pas (Ésaïe 35.8-9)


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dimanche 15 juin 2025

Le Pèlerin, semaine 1, lundi, chapitre 1

LE PÈLERIN – LE VOYAGE DU
CHRÉTIEN VERS LA CITÉ CÉLESTE

CHAPITRE 1

SEMAINE 1 - LUNDI

Lecture biblique : Job 16:21-22 ; 33:23 ; Ps 38:4 ; 119:105 ; És 30:33 ; 64:6 ; Ez 22:14 ; Ha 1:2-3 ; 2:2 ; Mt 3:7 ; 7:13-14 ; Lc 14:33 ;
Ac 2:37 ; 16:30-31 ; Hé 9:27 ; II Pierre 1:19

Lire et prier : « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui en auront amené beaucoup à la justice brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité. » (Daniel 12:3)


Commence le rêve de l’auteur –
Chrétien, convaincu de péché, fuit la colère à venir
et Évangéliste le dirige vers Christ

MARCHANT à travers le désert de ce monde, je m’arrêtai dans un endroit où se trouvait une caverne¹ ; là je me couchai pour me reposer. Je m’endormis bientôt et fis un rêve.

Je vis un homme vêtu de haillons², debout, tournant le dos à sa demeure, portant sur ses épaules un lourd fardeau et tenant un livre entre les mains (Ésaïe 64:6 ; Luc 14:33 ; Psaume 38:4 ; Habacuc 2:2). Je le regardai attentivement, et je vis qu’il ouvrait le livre et le lisait ; et, à mesure qu’il lisait, il pleurait et tremblait, jusqu’à ce que, ne pouvant plus se contenir, il poussât un gémissement douloureux et s’écria : « Que dois-je faire ? » (Actes 2:37 et 16:30 ; Habacuc 1:2-3).

Dans cet état, il retourna chez lui, s’efforçant de se contenir autant que possible afin que sa femme et ses enfants ne perçoivent pas son affliction. Mais comme son mal empirait, il ne put plus le dissimuler, et, s’ouvrant à ses proches, leur dit :

« Chère épouse, chers enfants de mon cœur, je ne peux plus supporter le poids de ce fardeau qui m’écrase. Je sais avec certitude que la ville dans laquelle nous vivons sera consumée par le feu du ciel, et que nous périrons tous dans cette horrible catastrophe si nous ne trouvons pas un moyen d’y échapper. Ma crainte s’accroît à l’idée de ne pas trouver cette issue. »

À l’écoute de ces paroles, une grande frayeur s’empara de cette famille, non parce qu’ils croyaient que la prédiction allait se réaliser, mais parce qu’ils se persuadaient que leur chef avait perdu la raison.

Et, comme la nuit approchait, ils le firent aller au lit, espérant que le sommeil et le repos apaiseraient son esprit. Cependant, ses paupières ne se fermèrent pas de toute la nuit, qu’il passa en larmes et en soupirs.

Le matin venu, quand on lui demanda s’il allait mieux, il répondit négativement, disant que son mal le tourmentait toujours davantage. Il continua de se lamenter, et sa famille, au lieu de compatir à tant de souffrance, le traitait avec rudesse.

Il espérait sans doute obtenir par ce moyen ce que la douceur n’avait pu obtenir jusque-là : parfois on se moquait de lui, parfois on le réprimandait, et presque toujours on le méprisait. Il ne lui restait plus que la ressource de s’enfermer dans sa chambre pour prier et pleurer son malheur, ou bien de sortir dans les champs, cherchant dans la prière et la lecture un lenitif³ à sa douleur si indescriptible.

Un jour, tandis qu’il se promenait dans les champs, je remarquai qu’il avait l’esprit très abattu, lisant comme à son habitude, et je l’entendis s’écrier à nouveau : « Que dois-je faire pour être sauvé ? »

Son regard égaré se tournait de tous côtés, comme à la recherche d’un chemin pour fuir ; mais, ne le trouvant pas aussitôt, il demeurait immobile, ne sachant où aller.

Je vis alors s’approcher de lui un homme nommé Évangéliste (Actes 16:30-31 ; Job 33:23), qui lui adressa la parole, engageant entre eux le dialogue suivant :


Évangéliste – Pourquoi pleures-tu ?

Chrétien – (C’est ainsi qu’il se nommait). – Parce que ce livre me dit que je suis condamné à mort, et qu’ensuite je serai jugé (Hébreux 9:27), et je ne veux pas mourir (Job 16:21-22), ni comparaître en jugement ! (Ézéchiel 22:14).

Évangéliste – Et pourquoi ne veux-tu pas mourir, si ta vie est pleine de tant de maux ?

Chrétien – Parce que je crains que ce lourd fardeau sur mes épaules ne m’enfonce encore plus profondément que le tombeau, et que je ne tombe ainsi dans le Topheth (Ésaïe 30:33). Et si je ne suis pas disposé à aller dans cette prison terrible, à plus forte raison ne suis-je pas prêt à comparaître en jugement ou à endurer ce supplice. Voilà pourquoi je pleure.

Évangéliste – Alors, qu’attends-tu maintenant que tu es dans cet état ?

Chrétien – Je ne sais où aller.

Évangéliste – Prends et lis. (Et il lui présenta un parchemin sur lequel étaient écrites ces paroles : « Fuyez la colère à venir »). (Matthieu 3:7).

Chrétien – (Après avoir lu). Et vers où dois-je fuir ?

Évangéliste – (Lui montrant un champ très vaste). Vois-tu cette porte étroite ? (Matthieu 7:13-14).

Chrétien – Je ne la vois pas.

Évangéliste – Ne vois-tu pas là-bas une lumière qui brille ? (Psaume 119:105 ; II Pierre 1:19).

Chrétien – Il me semble l’apercevoir.

Évangéliste – Alors ne la perds pas de vue ; marche droit vers elle, et tu trouveras une porte ; frappe, et là on te dira ce que tu dois faire.


___________________

¹ Une allusion à la prison de Bedford, où il était incarcéré.
² Haillons, chiffons.
³ Soulagement ou consolation de la douleur.


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Étude-vie d’Ézéchiel, semaine 2, jeudi, message 5

ÉTUDE-VIE D’ÉZÉCHIEL Message 5 LES QUATRE ÊTRES VIVANTS SEMAINE 2 - JEUDI Lecture biblique : Gn 3:5 ; És 11:12 ; Jr 49:36 ; Éz 1:26 ; Jn 1:...